Georges Vandenbeusch. Un prêtre face à la « banalité du mal »

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Publié dans Philosophie Magazine de février 2014

Capturé le 13 novembre dernier au Cameroun par le groupe islamiste Boko Haram et relâché le 31 décembre, le prêtre Georges Vandenbeusch raconte qu’il a eu recours au concept de« banalité du mal » de Hannah Arendt pour faire face à ses geôliers. Ils n’ont pas 20 ans, baragouinent à peine l’anglais, récitent à longueur de journée des sourates du Coran… S’il éprouve une forme d’empathie – « Je leur donnais des surnoms. Il y avait “Simplet”, qui faisait tout le temps tomber sa Kalachnikov, ou “Beau Gosse”, qui aimait se peigner » –, il veut « comprendre leur joie quand ils montent une opération, qu’il y a des morts ».Comment ces fidèles d’un Dieu unique peuvent-ils mépriser la vie, alors que ce ne sont pas des fanatiques ? C’est ce hiatus entre leur bonhomie et leur comportement criminel qui fait surgir en lui l’image d’Eichmann. « J’ai vu l’extrême banalité du mal. Avant, le mystère du mal, je le percevais intellectuellement. Il a maintenant un visage concret. Ce n’est pas quelqu’un avec un visage haineux. C’est un gars sympathique mais perdu dans une cause complètement nulle, avec qui j’aurais pu être ami à un autre moment. “Beau Gosse” était heureux quand il a appris que j’allais être libéré. Mais s’il avait fallu qu’il me tue, il m’aurait tué. »Vandenbeusch recourt aux mêmes mots qu’Arendt pour décrire le visage du mal, sauf qu’elle n’aurait pas pu s’imaginer en amie d’Eichmann. C’est qu’elle cherchait à saisir le fondement ultime de la banalité du mal, ce qu’elle appelait l’absence de pensée. Le prêtre, lui, s’inquiète surtout des conséquences concrètes : « Si le mal était monstrueux, on saurait le reconnaître, le voir et s’en préserver. Eh bien non ! »

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