Retour sur un coup de foudre spirituel et ses enfants

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Retour sur un coup de foudre spirituel et ses enfants
Retour sur un coup de foudre spirituel et ses enfants

Changement de vie en 2007. Je suis un des derniers bénéficiaires du plan, d’une durée de dix ans,  dit de « Congés de Fin de Carrière » signé en 1996 entre France Télécom et deux syndicats. Disposant, enfin, de temps personnel après des années mangées par le travail, je le consacre à l’accompagnement de mon père confronté à une terrible maladie et à la lecture approfondie de l’œuvre de Hannah Arendt, abordée en 2002 à l’occasion de la parution du premier Quarto de Gallimard rassemblant, pour la première fois, les trois parties des Origines du totalitarisme et Eichmann à Jérusalem. Je lis les Origines d’une traite mais n’enchaine pas par Eichmann, sentant ce rapprochement trop hâtif. Je poursuis par Condition de l’homme moderne, premier livre d’Arendt traduit en français et deuxième livre publié aux Etats-Unis. Et là c’est le choc, le coup de foudre. Je sens que j’ai rencontré là une compagne de vie intellectuelle, culturelle et spirituelle,  comme j’avais rencontré Proust en 1985. Une nouvelle vie commence.

 

Je crée deux blogs pour confronter la pensée d’Arendt à l’actualité et lire Arendt à partir de l’actualité. Comme tout novice dans un domaine, je vais trop vite. Je veux arriver avant d’être parti. J’enchaîne lectures directes d’Arendt et lectures de livres sur son œuvre. Dans un joyeux désordre. Je crois avoir compris alors que presque tout m’échappe. Je vais même jusqu’à proposer un cours à l’Université du Temps Libre d’Orléans (UTLO) sur Arendt. Je ne doute de rien. Cours heureusement refusé. Tout en continuant à lire Arendt je poursuis mes recherches autour du thème qui m’intéresse depuis des années et est en lien direct avec ma formation et mes expériences professionnelles : la numérisation du monde.

 

En 2010, tout se bouscule. Mon père nous a quittés. L’UTLO accepte mon cours sur la numérisation du monde et le mouvement Utopia crée une maison d’édition avec une collection intitulée « Penser la politique avec ». Je leur propose un « Penser la politique avec Hannah Arendt », ils acceptent. Je dois, en trois mois, rédiger, un petit livre de 140 pages. Il paraîtra en novembre 2010. Une journaliste, de RFI, s’y intéressera, me permettant de goûter pour la première fois, et la seule jusqu’à aujourd’hui, à l’entretien radiophonique. Bien soutenu par Utopia, le livre, finalement intitulé Réinventer la politique avec Hannah Arendt, se vendra à 2000 exemplaires.

 

En 2013 je refais à l’UTLO une proposition de cours sur Arendt, intitulée « Voyage à travers le XXe siècle avec Hannah Arendt » qui est acceptée et rencontre sur ses deux saisons un certain succès. En 2016 je fais la jonction entre mes deux domaines de recherche, ayant entre temps avancé dans ma connaissance de l’œuvre d’Arendt et entrepris un travail sur celle de Bernard Stiegler. Cela donnera trois saisons de cours à l’UTLO « Premiers repères pour un monde numérique », « La condition humaine à l’époque numérique (1 et 2) ».

 

En juin 2017, je publie un second livre issu de mes cours sur l’œuvre de Hannah Arendt. Conçu comme un « guide de voyage à travers une œuvre », son titre initial « Lire Hannah Arendt », devient à la demande de l’éditeur, Chronique Sociale, Penser avec Hannah Arendt. Contacté par Laure Adler, je participerai en juillet 2017 à un atelier de pensée lors du festival d’Avignon. Le livre sera présenté au Salon du livre 2018 de Bruxelles. Il donnera lieu à une recension dans la revue Études. Enfin il sera présenté lors d’une conférence à la médiathèque d’Orléans.

 

En 2018 l’UTLO licencie brutalement tous les enseignants de plus de 67 ans. Je fais partie, de peu, du lot. Nous décidons alors de poursuivre dans le cadre de l’association[1], créée avec une amie en juin 2016 pour « faire connaitre auprès d’un large public l’œuvre de Hannah Arendt, réfléchir sur le monde contemporain et la condition humaine à l’époque numérique », ce qui s’apparente de plus en plus à une recherche. Trois saisons de cours ont lieu dans ce cadre « La condition humaine à l’époque numérique (3) », « Éléments pour pænser le monde numérique » et « Trois questions pour pænser le monde ». Ces deux dernières saisons étant, bien évidemment, perturbées par la pandémie COVID 19.

 

En mars 2019 je publie, sous forme de support interne, une présentation de Condition de l’homme moderne, à partir de son dernier chapitre « La vie active et l’Âge moderne » et en août 2019 un « Support de lecture, d’étude et de cours »  de ce même livre qui est, pour moi, le sommet de l’œuvre d’Arendt.

 

J’alimente régulièrement le blog Actualité de Hannah Arendt. Je me suis livré lors du premier confinement, à un exercice quotidien autour du thème « Pænser le monde ».

Je viens de publier, à l’issu du second confinement un article inspiré par le dernier chapitre de Condition de l’homme moderne : La perte d’expérience humaine (Dans l’ombre des Lumières)

 

[1] AHA : Autour de Hannah Arendt, entre passé et futur

Publié dans Arendt

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