20 mars 2020 : l’expérience d’un monde acosmique

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

20 mars 2020 : l’expérience d’un monde acosmique

Nous faisons tous aujourd’hui l’expérience du monde acosmique que Hannah Arendt, depuis étudiée et prolongée par Etienne Tassin, voyait se profiler « au seuil de l’avènement d’une époque nouvelle et encore inconnue », lorsqu’elle écrivait, après que Hiroshima ait donné naissance au monde moderne, Condition de l’homme moderne.   

Mais qu’est-ce précisément que ce concept de monde acosmique ? La réalité qu’il recouvre c’est celle que nous vivons aujourd’hui : une vie ramenée à sa simple dimension privée et animale, hors du monde et loin des autres, sans souci d’un monde commun. L’appel simultanément au confinement et à l’arrêt des activités « non essentielles » et au travail pour sauver, non les vies, mais surtout la Vie abstraite de l’espèce humaine, l’économie, la croissance, confirme une vision des humains comme un tout et de chacun comme un simple homo economicus, un animal laborans. Disparus les humains co-constructeur de mondes, les homo faber, et les humains agissant ensemble pour créer de nouveaux commencements. Un monde devenu immonde, une vie devenue inhumaine.

Comment avons-pu en arriver là ? Comment en sortir ?

Comment des totalitarismes du XXe siècle avons-nous pu passer à ce qu’Etienne Tassin appelle le globalitarisme, la domination globale de l’économie, de l’économisme,  et radicale de la technique, du scientisme ?

Hannah Arendt, avec sa double analyse historiale et existentielle menée pour identifier les éléments ayant cristallisé dans le totalitarisme, et avec sa tripartition des activités – travail, œuvre, action – utilisée pour analyser la condition humaine, nous a légué des outils pour comprendre ce qu’il nous arrive, penser puis panser notre monde.

Grâce à la lecture attentive qu’en a fait Etienne Tassin, déroulons comment nous sommes passés de la double aliénation, par rapport au monde et à la Terre, de l’homme moderne à l’acosmisme meurtrier de l’homme numérique, pourtant précédé et averti par l’acosmisme totalitaire.

Nous pourrons ensuite, toujours avec Etienne Tassin lisant et prolongeant Arendt, tenter de penser une cosmo-politique, une politique ayant pour condition et horizon un monde commun, dans lequel l’agir humain concerté et partagé institue un espace public où chacun puisse apparaître et montrer, non ce qu’il est, mais qui il est.

Contre les nouvelles formes de la domination, domination qui sépare dans l’action le commencement et l’accomplissement, ceux qui commandent et ceux qui exécutent, – la domination globale de l’économisme, la domination radicale du scientisme et la domination intégrale de l’intégrisme – nous verrons comment il nous faut remettre au cœur du politique et au centre de la démocratie, le conflit, les conflits, expression même de la pluralité humaine, du fait que « ce sont des hommes et non pas l’Homme, qui vivent sur Terre et habitent le monde ».    

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