Soyons sérieux et modestes !
« Accepter la mortalité des civilisations et, peut-être, de cette partie de l'humanité la plus orgueilleuse. »
Cette sentence ne désigne pas seulement une éventualité géologique ou biologique ; elle sonne le glas de l'orgueilleuse trajectoire du Progrès. En brisant la promesse d'une émancipation linéaire par la raison et la technique, le XXe siècle a exposé au grand jour la faillite intrinsèque de la modernité industrielle. Chacune de ses trois grandes constructions idéologiques a enfanté sa propre abomination, prouvant que la rationalité instrumentale pouvait s'abîmer dans la barbarie la plus méthodique :
- Le libéralisme scientiste (Hiroshima) : L'apogée de la science appliquée et de l'efficacité pure s'est consumée dans l'anéantissement atomique. Affranchie de toute boussole éthique, la technique est devenue une force de destruction pure, rappelant que l'accumulation des savoirs ne civilise en rien les hommes.
- Le nazisme (Auschwitz) : Au cœur même du pays le plus cultivé d'Europe, la rationalité bureaucratique et logistique a été détournée pour industrialiser la mort. Les registres, les trains et les chaînes de commandement ont servi à exécuter un projet d'extermination raciale, révélant qu'une haute culture pouvait basculer dans la folie destructrice la plus préméditée.
- Le communisme (Le Goulag) : Fondé sur le dogme de l'émancipation universelle et du sens de l'Histoire, il s'est enlisé dans un système concentrationnaire et policier. La promesse de l'âge d'or égalitaire s'est dissoute dans la terreur de masse et l'annihilation de l'individu, sacrifié aux exigences d'une eschatologie politique.
C'est sur ces ruines que s'élève aujourd'hui le climatisme, ultime avatar de ce mythe prométhéen. Persuadée que l'outil qui a provoqué le désastre — la technoscience et la rationalité gestionnaire — détient aussi la clé de sa rédemption, cette fraction de l'humanité, enivrée par son propre génie rationnel, s'abandonne à une nouvelle fuite en avant.
Sous le vernis de l'urgence écologique, cette vision prolonge la logique de la destruction créatrice du capitalisme. Elle métamorphose l'angoisse de la survie en une immense opportunité d'accumulation, érigeant la « Planète » et le « Climat » en nouveaux actifs hautement spéculatifs :
- La marchandisation du vivant : L'atmosphère et les écosystèmes sont réduits à des équations comptables — marchés carbone, compensations, ingénierie financière —, transformant la nature en simple capital naturel destiné à nourrir la perpétuation de la croissance.
- L'illusion technocratique : Qu'il s'agisse de géoingénierie ou d'une transition énergétique réduite au remplacement d'un parc industriel par un autre (éoliennes, batteries, nucléaire) sans toucher aux fondements du système extractiviste, on persiste à vouloir soigner les maux de la technique par un surcroît de technique.
- Le nouveau salut séculier : À l'instar du libéralisme scientiste, du nazisme ou du communisme, le climatisme technocratique agite la menace d'une apocalypse imminente pour imposer un ordre moral contraignant, où la survie est subordonnée à l'expertise des marchés et des technocrates.
En s'accrochant ainsi à ces dogmes successifs, cette partie de l'humanité — persuadée qu'elle pouvait s'affranchir de toute limite terrestre et cosmique en se voulant maître et possesseur de la nature — ne rompt pas avec son histoire. Elle atteste de son incapacité vertigineuse à penser ses propres limites, s'ingéniant sans cesse à fabriquer de nouvelles idoles pour conjurer le néant qu'elle n'cesse de creuser sous ses pas.
/image%2F0923303%2F20260807%2Fob_e35927_f795660f-27f7-455c-b08f-1e09dbc7598d.jpg)