De Truman à Trump

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

De Truman à Trump

De Truman à Trump, dont les noms mêmes résonnent comme les bornes architecturales de cette époque, l'histoire politique occidentale voit s'ériger une configuration inédite de la domination : non plus un État totalitaire fondé sur la terreur de masse, mais une forme totalitaire « douce » et immanente, que l'on peut qualifier de démocratie libérale scientiste.

Cette trajectoire s'articule à travers une généalogie d'événements fondateurs et de ruptures ontologiques qui redéfinissent la condition humaine sous l'emprise conjointe du progrès technique, du marché total et de la vérité scientifique.

1. De Truman : L'inauguration de l'ère technicienne et la matrice du XXe siècle

L'ère de Truman ouvre cette séquence historique en scellant le destin de la modernité politique à la technoscience militaire et gestionnaire. Cette domination plonge ses racines dans les cataclysmes du XXe siècle, inaugurant une suite de ruptures historiques majeures :

  • Auschwitz : L'industrialisation de la mort et l'anéantissement programmé fondé sur l'idéologie raciale totalitaire.
  • Le Goulag : La rationalisation de la terreur et l'asservissement bureaucratique au service d'un messianisme idéologique et étatique.
  • Hiroshima : L'événement matriciel et fondateur de la technoscience mortifère. Né de la lutte de l'État libéral contre les deux premiers totalitarismes, le bombardement nucléaire ordonné par Truman introduit une rupture ontologique décisive : la fusion absolue entre la science, la technique et la destruction totale, érigée en nouvel horizon de la puissance géopolitique. La science cesse d'être une exploration critique pour devenir une pure puissance de calcul et d'anéantissement, donnant naissance au troisième moment global de notre histoire.

2. L'hégémonie technicienne et le marché total

L'après-guerre institutionnalise l'idée de "développement" et de croissance continue comme horizon indépassable, subordonnant la politique à la planification rationnelle.

  • La science comme dogme de gouvernement : La technocratie gestionnaire remplace le débat délibératif par l'expertise chiffrée et la neutralité autoproclamée. Le vrai se confond avec l'efficace.
  • Le marché total : La sphère marchande s'est autonomisée pour imposer sa loi d'airain à l'ensemble des institutions. L'individu n'est plus pensé comme un citoyen libre, mais comme un capital humain et un agent économique dont la rationalité se limite au calcul d'optimisation et à la concurrence perpétuelle.

3. De 1962 à aujourd'hui : Du triomphe de l'expert à la crise du « moment Fauci »

  • 1962 (Le moment Kennedy) : L'âge d'or naïf et volontariste du triptyque progrès-marché-science, où l'on croit que la rationalité économique et la physique peuvent tout résoudre, drapant le mensonge d'État dans les habits de la technocratie éclairée.
  • Aujourd'hui (Le moment Fauci) : La disgrâce des figures tutélaires de la santé publique expose l'intrication profonde de la science d'État avec les intérêts bureaucratiques et le marché pharmaceutique globalisé.

4. Les injections ARN et l'enfermement climatiste : Le quatrième événement totalitaire

Né indirectement de la dynamique technicienne enclenchée sous l'ère Truman, le troisième grand moment de cette démocratie libérale scientiste — et le quatrième événement totalitaire au total — s'incarne dans la biopolitique de masse :

  • Du gouvernement des esprits au gouvernement des corps : Le pouvoir pénètre l'intégrité biologique de l'individu. L'absolutisme sanitaire efface la complexité du vivant au profit d'un dogme unique, transformant le corps citoyen en un terrain d'application.
  • L'apocalypse réalisée : L'apocalypse n'est pas une menace lointaine brandie par l'enfermement climatiste et ses récits scientistes d'un futur menacé ; elle a déjà eu lieu, il suffit de la voir. L'humanité se trouve compromise et menacée par l'injection de produits modificateurs touchant au cœur même du miracle humain chez une immense partie des milliards d'êtres humains. Face à ce rouleau compresseur biopolitique, bien peu ont su et ont pu refuser.

5. De la société du spectacle au mensonge assumé

  • Avant Trump, le mensonge politique portait le masque du spectacle pour enrober la cage de fer technocratique sous des dorures consensuelles.
  • Avec Trump et l'irruption paradoxale de figures comme Robert F. Kennedy Jr. — dont le combat contre l'appareil bureaucratique fait ressortir toute la vérité du moment Fauci, le mensonge devient une provocation frontale et tribale, traduisant la colère de populations reléguées face au rouleau compresseur technocratique.

6. Le populisme comme révélateur et le retour du religieux

Loin d'être une simple anomalie, le populisme se lit comme le rappel symptomatique de la promesse démocratique originelle face à une modernité qui l'a confisquée.

  • Le nihilisme est du côté des élites, non des peuples : C'est le pouvoir hors-sol, technocratique et financiarisé qui détruit les conditions de la vie commune, tandis que les peuples expriment une résistance vitale.
  • Le retour des religions : Face au vide spirituel et anthropologique creusé par le marché total et le scientisme, l'histoire assiste au retour fracassant du fait religieux, sous des formes antagonistes mais tout aussi structurantes pour le siècle : d'un côté, l'islam conquérant qui réaffirme une loi globale face au sécularisme occidental ; de l'autre, le christianisme des conservateurs américains qui s'allie aux sursauts populistes pour tenter de restaurer un ordre moral et civilisationnel.
  • Cette confiscation trouve son laboratoire en Europe, à travers une Union européenne conçue comme une technocratie coloniale cherchant à dissoudre les souverainetés nationales et les identités. Face à cette utopie d'un monde entièrement fluide, les peuples expriment un besoin vital d'enracinement.

Conclusion : La cage de fer de la démocratie libérale scientiste

De Truman à Trump, la boucle est bouclée. La démocratie libérale scientiste enferme les citoyens dans une cage de fer à double clé : d'un côté, l'obligation technocratique et scientifique de s'adapter à des lois prétendument infaillibles, étendues jusqu'à l'intégrité biologique des corps et redoublées par la tutelle climatiste ; de l'autre, la réaction populiste et le retour des grandes ferveurs religieuses cherchant à renouer avec la souveraineté et le sens perdu. Dans cette tension, la faculté de juger et l'action politique libre luttent pour survivre face au dogme indépassable du triptyque : progrès technique, rentabilité marchande et vérité scientifique.

Publié dans Traces

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article