Confinement ou domination ?

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Confinement ou domination ?

Un confinement et une sortie de confinement qui interrogent

17 mars-11 mai 2020, ces huit semaines resteront dans la vie de beaucoup. Resteront-elles dans l’histoire ? Ce serait à souhaiter si c’est comme prise de conscience de la nécessité d’interrompre notre course folle vers le précipice qui engloutira le monde humain.

Pour certains le confinement a été vécu comme le supplice de la cellule qui rétrécit, dont les murs se rapprochent jusqu’à vous écraser. Pour d’autres ces huit semaines ont été une interruption, imposée mais souvent espérée, d’une course folle, d’un processus sans fin, de journées se répétant à l’identique dans un cadre strictement imposé, mêlant automatismes et addictions.

Pour beaucoup le confinement a représenté un surcroit de travail dans des conditions encore plus difficiles, rouages souvent ignorés, même méprisés, du fonctionnement de nos sociétés, devenus des acteurs essentiels pour la survie de tous. Enfin les familles ou les personnes vivant seules dans les situations les plus fragiles ou les plus fragilisées sont restées ou ont été brutalement expulsées dans les marges de notre société où sévissent la pauvreté, la misère et même la faim.

Mais, le 11 mai 2020, sommes-nous vraiment sortis du confinement ? Avons-nous (re)trouvé des vies non confinées, avec le plaisir de respirer un air pur, d’agir ensemble, d’entretenir et de réparer notre monde commun ?

Cette sortie chaotique peut, à la fin de vacances estivales bien particulières, nous interroger encore plus tant nous pouvons y déceler la confirmation de tendances lourdes de ce XXIe siècle. La confirmation de la disparition progressive de tout ce qui n’est pas du domaine du calculable, de l’incalculable, de l’essentiel. La vie disparait ainsi derrière une santé mesurée statistiquement à partir d’indicateurs suivis avec une absence de rigueur qui vaudrait un zéro à tout élève du secondaire et de seuils d’alerte modifiés au gré des humeurs politiques. Sans parler de la généralisation des cartes colorées par département : après la météo, bison futé, voici la contagiosité mesurée selon un indicateur ayant changé au fil du temps, paramètre incalculable avant la fin de l’épidémie et qui a entrainé les prévisions les plus folles et les décisions politiques les plus sottes. Là c’est en classe primaire que nous retournons.

La montée, ou plutôt la révélation d’un troisième type de domination, la plus radicale, celle de la technoscience, d’une science totalement asservie à la technique et à l’économie.

Le XXIe siècle avait démarré sous les auspices de la lutte entre deux formes de domination. 

  • La domination globale (globalisation économique) avec pour évènements marquants, le référendum de 2005  en France, la crise financière mondiale de 2008, l’asservissement de la Grèce, etc.
  • La domination intégrale (montée de l’intégrisme et du terrorisme, aujourd’hui, principalement islamique) avec les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, puis la vague d’attentats dans le monde, en Europe et en France.

Le XXe siècle avait vu l’invention de nouveaux régimes politiques autour de la domination totale du politique. Le XXIe siècle voit s’affronter, ou même se combiner, trois types de domination : intégrale, globale et radicale.

Dans tous les cas sont en cause ce qui fait, selon Arendt de nous des êtres humains, non inhumains aurait dit Stiegler : la pluralité et la natalité.

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