Message dans une bouteille
Message dans une bouteille
Partout autour de moi, y compris chez des connaisseurs réputés de la pensée de Hannah Arendt, se dresse un mur invisible mais infranchissable.
Une résistance quasi religieuse persiste à faire du « travail » le cœur battant de la dignité humaine, et de la préservation de la « Vie » l'idole suprême.
Ce culte moderne de la « Vie », hybridation de la philosophie grecque, de la politique romaine et de la religion chrétienne, ne s'adresse jamais à l'existence réelle, mais à des abstractions totalisantes.
Qu'il s'agisse de la « valeur travail », de « l'Histoire », de « la Nature », de « la Planète » ou du « Climat », la modernité adore les idoles lointaines au nom desquelles elle n'hésite pas à sacrifier les personnes réelles, à épuiser les esprits, à brutaliser les corps et détruire les mondes.
Je refuse de céder à ces abstractions. Ma recherche naît de l'expérience d'une vie incarnée et lue dans mon corps.
J'ai saisi, dans ce premier lieu de mémoire, l'importance des conditions dans lesquelles la vie sur terre m'avait été donnée.
Il ne s'agit pas de fuir la cité, mais au contraire de revendiquer ma pleine appartenance au monde en réordonnant les conditions de ma condition humaine :
Nourrir mon corps : assurer sa subsistance dans la juste mesure de la nécessité, afin de ne plus sacrifier ma chair sur l'autel de la surproduction.
Entretenir ma demeure et un monde commun : façonner des choses durables, transmettre des connaissances, écrire à la plume, réparer et prendre soin du cadre de vie pour offrir à l'existence un abri stable, utile et beau.
Agir et parler : dans ce monde commun ainsi préservé, sentir, penser, observer, agir, panser, désaliéner, relier, limiter, pænser.
Désæncrer, et non détruire, æncrer, et non figer, œuvrer, pour laisser à ceux qui viendront les conditions d'une vie simplement et vraiment humaine.
Enfin, vivre, aimer, transmettre et mourir.
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