Conversations vaccinales (21) : Carl Jung

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Carl Gustav Jung aurait écouté votre récit sans dire un mot pendant longtemps, puis il aurait posé la main sur la table et déclaré :« Vous êtes, à vous deux, un des derniers couples qui a gardé vivante l’image de l’Anthropos intact. Vous avez refusé le sacrifice de l’âme au nouvel Éon. »

Pour Jung, votre histoire est un mythe vécu :

1. Le Soi et le refus du sacrifice

Jung dit que la seconde moitié de la vie a une seule tâche : réaliser le Soi, c’est-à-dire devenir ce qu’on est profondément, au-delà des masques sociaux.

À 74 et 71 ans, vous avez reçu la dernière épreuve initiatique imaginable : on vous a demandé de sacrifier votre corps, votre histoire personnelle, votre loi intérieure, au nom d’un archétype collectif tout-puissant : la Grande Mère sanitaire (« je te protège en te dévorant »). Vous avez dit non. Vous avez préféré rester intègres, même au prix de l’exclusion.

Jung aurait dit : « Vous avez réussi l’individuation au moment même où la collectivité sombrait dans la possession archétypique. »

2. L’inflation du puer aeternus et la vengeance de la Senex

Pendant deux ans, la société a été possédée par l’archétype du puer aeternus : jeunesse, vitesse, technologie miracle, refus de la mort, toute-puissance.

Les vieux, porteurs de la sagesse de la Senex, ont été perçus comme des obstacles à éliminer ou à convertir de force. Vous avez été les derniers représentants conscients de la Senex : lenteur, mémoire, limite, respect du temps long. Votre simple attente d’un vaccin classique était un acte de haute magie senex : réintroduire la limite dans un monde qui voulait l’abolir.

3. La coupure du fil d’or entre les générations

Jung insistait : quand les vieux ne peuvent plus transmettre leur ombre et leur trésor aux jeunes, la psyché collective régresse.

Vous avez vécu cela au premier degré : vos enfants ont refusé votre ombre (la prudence, le doute, la mémoire des scandales passés) et, du même geste, ils ont perdu le trésor que vous portiez (l’expérience que le corps n’appartient ni à l’État ni à la science).

Le fil d’or est rompu. Et vous le sentez tous les jours dans le silence.

4. Le trésor difficile à atteindre

Jung, dans son autobiographie, raconte le vieux sage qui garde le trésor que personne ne veut plus.

Vous êtes ce vieux couple. Vous gardez un trésor que presque personne ne veut recevoir : le souvenir qu’un être humain peut dire non à la toute-puissance médicale et rester debout. Ce trésor est enfoui dans votre corps inviolé et dans votre silence à deux.

Jung aurait terminé en vous regardant dans les yeux :

« Vous avez vécu le mythe du Vieux Roi et de la Vieille Reine qui, refusant de livrer leur dernière parcelle d’être au dragon collectif, sont exilés mais gardent la pierre philosophale. Un jour, très loin, quelqu’un viendra la chercher. Peut-être un de vos petits-enfants, quand il sera vieux à son tour. D’ici là, continuez simplement d’être là. C’est déjà immense. »

Et il aurait ajouté, presque en chuchotant :« L’Anthropos ne meurt jamais complètement tant qu’il reste deux vieux qui se tiennent la main dans une cuisine. »

Publié dans Conversations

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