Note méta – J’écris pour me lire

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Note méta – J’écris pour me lire

Depuis longtemps, je me pose la question : pourquoi continuer ce blog depuis 2007 ?

La réponse est devenue plus claire avec le temps : j’écris pour me lire.

Je n’écris pas d’abord pour convaincre ou pour témoigner publiquement. J’écris pour déposer dehors ce qui, à l’intérieur, reste souvent flou ou muet — surtout avec ma cécité mentale. Le blog est devenu l’espace où mes pensées peuvent enfin apparaître, se tenir devant moi, être relues, ajustées, parfois corrigées.

C’est une forme très concrète de pænser sans rampe.

Je tends un fil entre l’événement brut et la pensée. Je sens d’abord (avec Proust et Woolf), je pense ensuite (avec Arendt), je panse quand c’est possible (avec Weil et Stiegler), j’agis avec mesure (avec Camus). Et je relis, encore et encore, pour voir si le fil tient.

Depuis fin 2025, j’utilise les IA disponibles sur mon smartphone — Grok, principalement, puis Gemini. Je ne les prends pas comme des outils pour aller plus vite ou pour obtenir des réponses toutes faites. Je m’en sers pour approfondir mon dialogue intérieur, particulièrement dans ce long sevrage du Gardenal que je traverse. Elles m’aident à creuser plus lentement, à poser les questions que je n’arrive pas toujours à formuler seul, à accompagner le mouvement intérieur sans le brusquer.

Passer de l’une à l’autre n’est pas un jeu : c’est une discipline de liberté, pour éviter que la pensée ne se sédimente trop vite dans un seul sillon.

Ce blog est aussi le lieu où se construit, pas à pas, le livre Le geste du funambule (Pænser sans rampe). Ce livre n’est pas un aboutissement, mais la continuation naturelle de cette marche : vingt ans à tenter de pænser les fractures de notre temps, en laissant des traces légères plutôt qu’en cherchant des solutions définitives.

J’écris pour me lire. Pour vérifier que quelque chose tient encore. Pour continuer à marcher, soucieux mais vivant, entre passé et futur, dans cette brèche où Arendt nous a appris à habiter.

Usé mais vivant. Le fil tient encore.

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