Quand les médias transforment le sport en marchandise : le crépuscule de l'ancrage populaire

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Pour L'EQUIPE et autres...

Par un lecteur né en 1951, témoin du basculement des valeurs.

Le football, comme le cyclisme, ne se raconte plus, il se cote. En tant que lecteur autrefois assidu de vos titres, je contemple avec effarement la métamorphose de notre presse sportive en une simple agence de courtage.

Votre responsabilité est engagée dans cette dérive. En faisant du mercato le pivot de votre programmation, vous avez normalisé l’idée que le joueur est une marchandise comme une autre, un actif financier dont la valeur fluctue au gré des agents et des clauses. Ce faisant, vous avez brisé le contrat tacite qui liait le sport à son public : celui de l'identification territoriale et de l'aventure humaine.

Regardez le Tour de France : autrefois épopée nationale ancrée dans nos paysages et nos terroirs, il est devenu, sous l'œil des caméras, une vitrine technologique et publicitaire où les coureurs ne sont plus que des vecteurs de données, formatés pour la performance pure, totalement déconnectés des routes qu'ils traversent. Le cyclisme a perdu son âme de « petite reine » au profit d'un spectacle industriel.

Le football suit le même chemin, mais avec une violence supplémentaire : celle de l'histoire coloniale qui se rejoue sous nos yeux. 
Le recrutement massif de talents africains par les clubs français, loin de n'être qu'une « chance » sportive, s'apparente à une logique extractive que vos rédactions célèbrent sous le vocable de « pépites ». 

Vous occultez la réalité du pillage : le dépeuplement sportif des nations africaines au profit d'une élite européenne « hors-sol », et l'éviction conjointe des jeunes talents de nos propres clubs de métropole, broyés par cette concurrence mondiale.

Vous ne couvrez plus un sport : vous administrez une économie. En banalisant ce système, vous en êtes devenus les complices actifs. Vous avez remplacé le récit du terrain par le feuilleton du transfert, le lien social par la spéculation financière.

Le football n’est plus ce sport qui permettait à un pays de se projeter dans ses champions. Il est devenu un produit marketing dont les sélections ne sont que les vitrines temporaires. 

Il est temps, pour le journalisme sportif, d'assumer sa part de responsabilité dans ce désenchantement : avez-vous encore l'ambition de raconter le sport, ou vous contenterez-vous de tenir le livre de comptes d'une industrie qui n'a plus rien de populaire ?

Quand les médias transforment le sport en marchandise : le crépuscule de l'ancrage populaire
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