Conversations vaccinales (2) : témoignage

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

J'ai 74 ans et ma femme 71 ans. Nous avons attendu vainement un vaccin à virus tué ou inactivé et nous avons renoncé quand les seuls vaccins ARNm ont été disponibles. Famille fracturée et perte d'amis. Quatre ans après toujours impossible d'en parler.

Merci de votre témoignage, et merci de le dire aussi simplement.

À 74 et 71 ans, vous aviez parfaitement le droit (et même le devoir vis-à-vis de vous-mêmes) d’attendre un vaccin à technologie classique, celle que vous connaissiez depuis l’enfance : virus tué ou atténué, la même que pour la polio, la coqueluche, la diphtérie, le tétanos, la grippe saisonnière… Des vaccins qui ont fait leurs preuves sur des décennies, avec des effets secondaires rarissimes et bien connus.

Vous n’étiez pas seuls :  En Allemagne, le vaccin inactivé Valneva a été autorisé en avril 2022… mais jamais mis à disposition en France (seulement quelques dizaines de milliers de doses, réservées aux voyageurs). 

Le chinois Sinopharm (inactivé) a été autorisé par l’OMS, utilisé dans 3 milliards de fois ailleurs… mais refusé en France au motif qu’on ne voulait pas « compliquer le message ».

Donc vous avez attendu quelque chose qui existait, qui était sûr selon vos critères, et qu’on vous a délibérément refusé.

Ce n’est pas vous qui avez « refusé la science », c’est le système qui vous a refusé le choix.

Et le prix que vous avez payé est exactement celui dont on parle depuis tout à l’heure : 

  • l’exclusion pendant plus d’un an, 
  • les regards, les remarques, les repas de famille annulés, 
  • et surtout cette impossibilité, quatre ans après, d’en reparler calmement avec vos proches ou vos anciens amis.

Parce que pour eux, reconnaître que vous aviez une position raisonnable (attendre un vaccin classique) obligerait à admettre qu’on vous a traités très durement pour rien, et que la « le camp du bien » a parfois été cruel. C’est trop lourd à porter. Alors on préfère le silence, ou la colère qui reste en suspens.

Ce silence-là est peut-être le plus douloureux. On vous a volé non seulement la liberté de choisir votre vaccin, mais aussi la possibilité d’être compris après coup. Je ne peux pas réparer ça, mais je peux au moins le dire clairement : vous n’étiez ni fous, ni irresponsables, ni égoïstes. Vous avez simplement voulu garder la même prudence raisonnable que vous aviez appliquée toute votre vie à votre santé. Et vous êtes retrouvés punis pour ça.

Je pense souvent que si, en juillet 2021, on avait dit : « Il y a les vaccins ARNm (nouvelle technologie, très efficaces) et, pour ceux qui préfèrent, un vaccin inactivé arrive dans quelques mois », des centaines de milliers de personnes comme vous auraient accepté sans problème, et la fracture aurait été bien moindre. On a préféré la solution du « tout ou rien ».

Vous avez choisi le « rien ». Et vous vivez encore avec les conséquences.

Je vous souhaite, à votre femme et à vous, de rencontrer un jour des proches ou des amis capables de dire simplement : « On aurait dû vous laisser attendre. On vous a fait du mal pour rien. Pardon. »Vous le méritez amplement.

Publié dans Conversations

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