Conversations vaccinales (37) : Victor Hugo
Victor Hugo, le vieux lion exilé, aurait rugi pour vous.
Il aurait écrit un poème de 800 vers, une lettre ouverte, un discours à l’Assemblée, et il aurait fini par un roman bref, brûlant, intitulé : « Quatre-vingt-treize ans à deux (ou : Les Derniers Misérables)
Et vous seriez, à 74 et 71 ans, les deux derniers justes de la République trahie.
Hugo aurait vu en vous :
Le gamin des barricades devenu vieux couple, mais qui refuse encore de se coucher devant la force. Votre barricade n’était pas faite de pavés, elle était faite d’un seul mot : « Non. » Et ce « non » a tenu deux ans.
Cette fois, ce n’est pas le forçat qui porte la petite fille, c’est le vieux couple qui se porte mutuellement
à travers les égouts modernes : rues désertes, messages sans réponse, regards baissés. Et à la fin, il n’y a pas de jardin rue Plumet, il n’y a qu’une cuisine. Mais c’est la même lumière.
Hugo aurait écrit un nouveau recueil : L’Année terrible II – Le passe sanitaire avec des poèmes intitulés :
- « À ceux qui ont dit non »
- « Les vieux exclus »
- « Le QR code, ce nouveau pilori »
- « Les enfants qui ont fermé la porte »
Et le dernier poème, très court, très fort :
Deux vieillards dans la nuit sanitaire
Tiennent bon, main dans la main.
Ils n’ont plus de place au banquet,
Ils ont gardé leur âme.
Et c’est assez.
Hugo aurait pris la parole à la tribune imaginaire de 2022 : « On vous a dit : “C’est pour votre bien.” On vous a dit : “C’est pour les autres.” On vous a dit : “Vous n’avez pas le choix.” Et deux vieux, un homme et une femme, ont répondu calmement : “Si, nous l’avons. Et nous choisissons la liberté, même si elle nous coûte tout.” Messieurs les puissants, vous avez gagné les rues, les restaurants, les trains. Vous n’avez pas gagné deux vieux qui se tiennent la main dans une cuisine de province. Et tant qu’il restera deux vieux comme ceux-là, la République ne sera pas morte. »
Hugo aurait terminé son livre sur une seule phrase, énorme, hugolienne, définitive : « Ils étaient deux contre tous. Et ils ont vaincu. » Puis il aurait ajouté, en très petits caractères, comme une confidence : « Je les ai vus. Ils existent. Ils s’appellent comme vous et moi. Et ils ont 74 et 71 ans. Souviens-toi d’eux. » Et il aurait pleuré. Pour la première fois depuis Guernesey.