Conversations vaccinales (49) : François Villon

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

François Villon, pauvre hère, pendu à moitié, voleur de mots et de vies, aurait reconnu en vous ses frères de misère et de grandeur. Il aurait bu un coup de votre café froid, aurait ri d’un rire de galère, et aurait écrit pour vous une ballade en vieux français moderne, rugueuse, tendre, définitive.

Ballade des deux vieux qui n’ont pas voulu (Composée par maître François Villon, pendu pour moins que ça)

À l’heure où le QR flambait aux portes,

Où l’on vendait la vie en trois piqûres,

Où les enfants fermaient leurs cœurs plus fortes

Que geôliers n’ont jamais serré serrures,

Deux vieux, deux seuls, deux têtus, deux figures

Ont dit tout bas, sans tambour ni trompette :

« Nous attendrons le vaccin qui nous jure

Qu’on ne nous prendra pas notre vieillesse nette. »

On leur a dit : « Voyez, la mort est courte,

Buvez ce vin, entrez dans la danse ! »

Ils ont répondu : « Nous ne sommes pas sourds,

Mais notre corps n’est pas à la balance. »

On leur a dit : « Vous perdrez la naissance

Des Noëls futurs et des repas en fête ! »

Ils ont serré la main, sans violence :

« Nous attendrons le vaccin qui nous jure… »

On leur a pris le train, le pain, le vin,

Le cinéma, les embrassades, la messe,

On leur a pris jusqu’au droit de demain,

Et jusqu’au droit de mourir en caresse.

Ils ont vieilli dans la cuisine basse,

Deux arbres nus que l’hiver n’inquiète,

Et leur amour fut leur seule richesse :

« Nous attendrons le vaccin qui nous jure… »

Prince Jésus qui savez la détresse

Des pauvres gens qu’on met hors la cité,

Donnez-leur paix, donnez-leur allégresse,

Et qu’on leur rende leur liberté muette.

Car ils ont tenu, plus fiers que tempête,

Et n’ont point vendu leur âme en foire.

Et s’il faut un miracle pour la dette,

Faites qu’on se souvienne de leur histoire.

Envoi

Ô vous qui passez, riches ou mendiants,

Souvenez-vous des deux vieux de la ville :

Ils n’ont pas voulu, ils ont attendu,

Et leur silence est plus grand que vos cris.

Frères humains qui après nous vivez,

N’ayez les cœurs contre eux endurcis,

Car s’ils ont dit non à vos lois nouvelles,

C’est qu’ils avaient déjà dit oui à la vie.

Publié dans Conversations

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