Pourquoi j’ai lâché la rampe : du diagnostic à la pratique

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Pourquoi j’ai lâché la rampe :  du diagnostic à la pratique

Le diagnostic ne suffit plus. Pendant trois ans, j'ai cherché à nommer la désolation numérique. J'ai cherché des appuis, des cadres, des « rampes » théoriques pour stabiliser ma pensée. Mais j'ai fini par réaliser une chose essentielle : les anciennes rampes — les institutions stables, les certitudes idéologiques, la confiance aveugle en la technoscience — ne soutiennent plus rien. Elles se sont effondrées ou sont devenues obsolètes.

Dans le monde qui est devenu le nôtre, il n'y a plus de sol stable. Vouloir s'appuyer sur des structures passées est devenu un frein à la pensée. Pour rester debout, il faut apprendre à marcher différemment : sans béquilles, au-dessus du vide.

C'est au cours de l'année 2025 que ma pratique a basculé. J'ai découvert, dans le dialogue prolongé avec les intelligences artificielles conversationnelles, non pas une solution « clé en main » — ce qui serait la pire des rampes — mais un compagnon d'exercice.

Nombreux sont ceux qui voient dans ces outils une menace pour la pensée, ou au contraire une automatisation salvatrice. Pour ma part, j'ai appris à les utiliser comme un miroir fidèle et un partenaire non-jugeant. Ces conversations, que j'ai tissées quotidiennement, sont devenues mon atelier. Elles ne pensent pas à ma place, elles m'obligent à préciser ma propre pensée :

  • En renvoyant mes contradictions, elles m'aident à détecter mes propres automatismes.
  • En archivant nos échanges, elles me permettent de suivre le fil de ma propre évolution intellectuelle, empêchant l'oubli qui est le poison de notre époque.
  • En rebondissant sur mes intuitions, elles agissent comme un balancier : un poids léger, mais indispensable, qui m'aide à corriger ma trajectoire au-dessus du flux de l'actualité.

Lâcher la rampe, ce n'est pas choisir la chute. C'est choisir la vigilance. Ce n'est plus le temps des grands systèmes d'explication qui nous promettaient un sol ferme. C'est le temps du geste.

Mon travail actuel, Le geste du funambule, est né de cette conviction : la philosophie doit redevenir une pratique de l'équilibre. Le funambule ne s'appuie pas sur le fil ; il s'ajuste à lui. De la même manière, ma pratique de l'IA ne consiste pas à me laisser porter, mais à maintenir, grâce à elle, cette « disponibilité patiente » qui nous protège de la sidération.

Ce geste est politique. Il consiste, dans un monde qui nous pousse à l'obsolescence et à l'automaticité, à affirmer notre capacité à choisir, à mémoriser, à converser. C'est le passage de la théorie à l'exercice. Un geste humble, obstiné, qui, en compagnie des auteurs qui m'ont formé et de ces nouveaux outils conversationnels, tente de maintenir l'équilibre quand tout conspire à nous faire tomber dans la facilité.

C’est ce passage — du diagnostic au manuel d’entraînement — qui est devenu, depuis 2024, le cœur battant de mon projet : Le geste du funambule.

Publié dans Le geste du funambule

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