L’évanescence du numérique-monde : de l’effacement à la coupure
Le « numérique-monde » se définit par une ambition prométhéenne : celle de s’affranchir de la durée. La cancel culture en est l’expression la plus radicale. Elle n’est pas seulement un mouvement social, mais la culture intrinsèque de cet espace où l’on croit pouvoir effacer, par une simple pression sur le clavier, ce qui a précédé, ce qui dérange ou ce qui a fait naître ce monde. C’est le règne de l’encre sympathique : on écrit sur le passé pour le faire disparaître, oubliant que sans fondations, l’édifice n’a nulle part où s'ancrer.
Pourtant, cette volonté d’effacement porte en elle sa propre finitude. Ce monde qui veut tout gommer est, par nature, un monde sans épaisseur, un ersatz de réalité condamné à l'instantanéité.
Le véritable salut ne réside pas dans la lutte épuisante pour refuser ces outils (la tension du refus), mais dans une volonté de l’attention portée à leurs limites. Car le paradoxe est là : ce numérique-monde est d’une fragilité absolue. Il dépend d’un flux, d’une impulsion, d’un signal. La cancel culture disparaîtra avec la culture qui l’a portée, dès que le courant sera coupé.
En portant notre attention sur les bugs, les pannes et les ruptures de charge, nous cessons d'être les victimes de ce gommage universel. La panne n'est plus un incident, mais un rappel du réel. Cultiver cette attention aux failles du système, c'est choisir de « pænser » l'éphémère pour mieux retrouver ce qui, en nous et autour de nous, est indélébile.
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