Le Geste du Funambule : de la tension à l’attention

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Le Geste du Funambule : de la tension à l’attention

On imagine souvent le funambule comme un être de pure volonté, luttant contre le vide par la force de ses muscles et la rigidité de son intention. On se figure que le sens de sa traversée réside dans la maîtrise d’une corde déjà installée. Mais et si le sens de la vie n’était pas de suivre un fil préexistant, mais d’accomplir ce geste paradoxal : celui de le tendre par sa propre marche ?

Tendre le fil, c’est transformer une existence lâche ou subie en une ligne de crête. C’est un acte de création continue où le chemin n’apparaît qu’à mesure que l’on y engage sa présence.

La volonté de l'attention

Pour maintenir cette traversée, une distinction s’impose, subtile mais capitale : il ne faut pas confondre la tension de la volonté avec la volonté de l'attention.

La tension de la volonté est un raidissement. C’est le « je veux » qui s’arc-boute, une contraction de l’être vers un but qui finit par nous aveugler. Elle est une forme de violence faite au temps et à soi-même, une tentative de domination du vide qui risque, à tout instant, de faire rompre la corde.

À l’inverse, la volonté de l’attention est une discipline de l’accueil. Elle ne cherche pas à forcer le passage, mais à maintenir l’espace nécessaire pour que le réel puisse résonner. Elle est cette persévérance dans la clarté qui permet de « pænser » — ce mélange de pensée profonde et de soin. Là où la tension exclut, l’attention embrasse.

L'artisanat du temps

Tendre son fil intérieur demande cet artisanat de la présence. C’est refuser l’accélération qui détend nos cordes et nous fait perdre l’équilibre. C’est choisir la précision du geste plutôt que la force de l’effort.

Dans cette perspective, le funambule n’est plus celui qui brave la chute, mais celui qui, par la justesse de son regard et la patience de son pas, rend la vie vibrante. Le sens ne se trouve plus au bout du fil, mais dans la qualité de la tension que nous saurons lui donner, jour après jour, entre la mémoire et l'instant.


Ce texte s’inscrit dans les réflexions menées pour mon projet en cours, « Le geste du funambule ».

Le Geste du Funambule : de la tension à l’attention

Mon père, pour mes 50 ans et l'année de ses 75 ans,  écrivait que je "tricotais" ma vie. Aujourd'hui, à l'aube de mes 75 ans, je comprends que ce tricotage était la préparation nécessaire pour oser enfin le geste du funambule : tendre le fil et marcher, avec cette volonté de l'attention qui transforme la fragilité d'un fil en une voie de sagesse. »

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