Le moment de la rupture : refonder à partir des ruines

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Le moment de la rupture : refonder à partir des ruines
Le moment de la rupture : refonder à partir des ruines
Vingt ans. Quatre quinquennats bâtis sur le reniement originel, celui de la cicatrice béante de 2005 où la volonté souveraine du peuple a été balayée d'un revers de main technocratique. Vingt ans d'une lente déconstruction méthodique : services publics saignés à blanc, tissu industriel démantelé, précarité institutionnalisée et démocratie réduite à un rituel d'enregistrement des diktats du marché global.
Le système est arrivé au bout de sa logique. L'impasse n'est plus une hypothèse, c'est un paysage de ruines. Et c'est précisément sur ces décombres que le moment est venu de bâtir autre chose.
Voici une proposition de texte pour cristalliser cette urgence et cette espérance :

1. Vingt ans de saccage : l'épuisement d'un modèle

Qu'avons-nous vu s'accumuler depuis deux décennies ? Qu’avons-nous vécu sinon la saccage méthodique de ce qui faisait la force et la cohésion d'une société ? À force de gouverner contre le pays, de piétiner la parole exprimée dans les urnes — à commencer par ce référendum fondateur de 2005 où l'Europe des marchés l'emporta sur la souveraineté des peuples —, le pouvoir central a achevé de vider la démocratie de sa substance.
Ce ne sont pas seulement des politiques qui ont échoué, c'est un dogme tout entier : celui du ruissellement, de la fuite en avant libérale et de la soumission totale aux flux financiers transnationaux. Le résultat est là : un État hypertrophié dans son appareil de contrôle mais impuissant à protéger, une société atomisée, et des citoyens réduits à l'état de consommateurs solvables ou d'ayants droit humiliés. L'impasse est totale. C'est un cycle historique qui s'achève dans l'asphyxie.

2. La France, terreau paradoxal de la refondation

Et pourtant, c'est précisément ici, au cœur de cette France cabossée, saturée de contradictions mais riche d'une conscience politique inentamée, que le sursaut est possible. La France demeure ce pays étrange, capable du pire centralisme étatique, mais pétri d'une histoire rebelle, celle des communs, des luttes sociales et de l'exigence d'émancipation.
Là où l'impasse est la plus marquée — dans nos territoires oubliés, dans les services publics fracturés, dans la jeunesse qui refuse le tri programmé —, les fissures du vieux monde deviennent les tranchées d'un avenir à inventer. Puisque le sommet est irréformable et sourd, c'est par les marges, par les bassins de vie, par les communes et les coopératives que la reconquête doit s'amorcer.

3. L'heure du « bloc unique » et des sociétés à taille humaine

Il est temps de tourner le dos au mirage de la croissance infinie et des macro-structures anonymes pour redonner vie à des sociétés locales, petites et solidaires. C’est la mise en acte de ce « bloc unique » : relier enfin l’émancipation de l'école et du mouvement lycéen à la dignité du salaire direct et à la sécurité souveraine du salaire différé (la retraite).
Il ne s'agit plus de mendier des réformes à un État gestionnaire, mais de reprendre en main nos conditions d'existence :
* Réinvestir la commune non comme un guichet administratif, mais comme une cellule de souveraineté alimentaire, énergétique et démocratique.
* Relocaliser les savoir-faire pour briser l'aliénation de la consommation obligatoire et retrouver le goût du travail bien fait.
* Expérimenter sans attendre, par le bas, les formes d'une vie collective affranchie de la tyrannie du profit.

4. Le moment du funambule

Le fil est ténu, certes. Mais vingt ans de mensonges institutionnels ont eu un mérite : ils ont levé les illusions. Nous savons désormais que rien ne viendra d'en haut.
L'épuisement du vieux monde ouvre une fenêtre rare. Aux ruines du libéralisme triomphant, opposons la force tranquille des communautés vivantes. Refusons de pleurer sur un système qui s'effondre : construisons, là où nous sommes, les bases de ce qui lui survivra.
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