La Soupe ou la Table : pourquoi le « vivre-ensemble » nous fait perdre le monde

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

À gauche : La soupe du « vivre-ensemble » — fusion affective, dissolution des différences, émotion généralisée. À droite : Le monde commun selon Hannah Arendt — l’espace de la pluralité, de l’action et du débat, autour d’une table qui relie tout en maintenant la distance nécessaire.

À gauche : La soupe du « vivre-ensemble » — fusion affective, dissolution des différences, émotion généralisée. À droite : Le monde commun selon Hannah Arendt — l’espace de la pluralité, de l’action et du débat, autour d’une table qui relie tout en maintenant la distance nécessaire.

On nous sert aujourd’hui le « vivre-ensemble » à toutes les sauces. Formule magique, incantation morale, ingrédient obligatoire de toute déclaration publique. Il faudrait s’aimer, se mélanger, se fondre dans un grand bouillon de bienveillance consensuelle.

Mais à trop vouloir faire de la société une grande famille chaleureuse, ne sommes-nous pas en train de détruire ce qui nous rend véritablement humains : l’espace politique ?

L'Image de la Table : Relier et Séparer

Hannah Arendt nous offre une image bien plus puissante que celle du mélange : la table.

« Vivre ensemble dans le monde, cela veut dire essentiellement que le monde d’objets se trouve entre ceux qui l’ont en commun, comme une table est placée entre ceux qui sont assis autour d’elle. »

La table est à la fois :

  • Ce qui nous relie : Nous parlons de la même chose, nous avons un monde en partage.
  • Ce qui nous sépare : Elle maintient une distance nécessaire pour que je puisse te voir et te contredire sans t’étouffer.

Le Défi : Rebâtir des Espaces de Débat

Le véritable défi de notre temps n’est pas de créer une société « inclusive » où tout se dissout dans un même bouillon moral.

Le défi est de rebâtir des tables : des espaces où l’on puisse se disputer avec passion et rigueur précisément parce que nous avons le monde en partage.

Choisissons la table.

C’est là, et là seulement, que commence la véritable aventure humaine : celle de la pluralité.

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