Le funambule, la dose présidentielle et nous

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Le funambule, la dose présidentielle et nous

Il y a quelque chose de presque comique dans notre docilité. Tous les cinq ans, le rituel s’installe, immuable, comme une vieille habitude que l'on voudrait fuir mais à laquelle on revient, un peu honteux, dès que la première affiche apparaît sur les panneaux. On se dit : « Cette fois, c'est différent, cette fois, le vaccin sera efficace. » Et, comme tout le monde, je me suis fait avoir. J'ai guetté la dose, j'ai espéré une immunité, j'ai scruté l'horizon médiatique en pensant y trouver un remède à notre vertige collectif.

Mais regardons-nous avec un peu de tendresse : nous sommes comme des funambules fatigués qui, pour oublier le vide sous leurs pieds, cherchent désespérément une barre stabilisatrice là où il n'y a que du vent.

Ce « vaccin » politique, avec ses promesses de sérénité et ses effets secondaires d'assoupissement, est devenu notre barbiturique préféré. Il nous promet l'immunité contre le chaos, mais il nous offre surtout une jolie léthargie. Je le sais, j'en ai partagé les effets. On s'enivre de sondages comme d'une tisane un peu trop forte, et soudain, le monde, le vrai, celui que l'on touche, celui que l'on habite, devient flou.

Alors, en septembre, je propose une cure de désintoxication, mais sans austérité forcée. Un sevrage « de funambule à funambule ».

L’idée n’est pas de faire la leçon — comment le pourrais-je, moi qui me suis laissé piquer comme les autres ? — mais d’essayer, ensemble, de reprendre un peu de souffle. De quitter la salle d'attente du quinquennat pour retourner à ce qui fait le sel de notre existence : l'écriture qui trace, le temps qui prend sa forme, et cette attention pure que l'on porte aux choses simples, loin des grandes thérapies collectives qui nous promettent le salut à échéance fixe.

Se sevrer, ce n’est pas devenir indifférent. C’est, au contraire, se réveiller. C'est admettre, avec un sourire un peu complice, que nous avons assez joué au patient, et qu'il est temps de redevenir l'artisan de notre propre équilibre.

Le fil est toujours là, sous nos pieds. Il est temps de marcher, sans piqûre, juste pour le plaisir de ne pas tomber.

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