Les totalitarismes commencent par les enfants et leur santé

Publié le par Thierry Ternisien d'Ouville

Les totalitarismes commencent par les enfants et leur santé


Dans nos sociétés post-modernes, où les grands récits ont éclaté, où l’individu est à la fois roi et atome isolé, et où la technique et l’administration prétendent remplir le vide laissé par les autorités traditionnelles, un signe ne trompe guère : les totalitarismes (ou leurs formes douces, bureaucratiques et « bienveillantes ») commencent toujours par les enfants. Par leur santé, leur éducation, leur « protection ».

Hannah Arendt l’avait pressenti : la destruction du monde commun passe par l’atomisation des individus et la capture de la natalité, de la jeunesse, de ce qui relève du nouveau et de l’imprévisible. L’enfant n’est plus promesse de pluralité mais matière première d’un modèle sanitaire, éducatif et comportemental unique.

Ce qui étonne avec Trump – et ce que beaucoup peinent à comprendre – tient précisément là : il crée des ouvertures dans le quotidien des Américains là où l’approche progressiste-administrative enferme. Non pas d’abord par l’économie, mais par la vie concrète : liberté de mouvement, sécurité des rues, école comme lieu d’instruction plutôt que d’idéologie, et surtout la sphère la plus intime, celle de la santé des enfants.

L’intrusion permanente comme logique totalitaire douce des sociétés post modernes

Les sociétés post-modernes se caractérisent par une tension paradoxale : une valorisation rhétorique de l’autonomie individuelle couplée à une extension sans précédent du contrôle administratif et technique sur les corps et les existences. La pandémie a révélé au grand jour cette vision de la vie « sous cloche vaccinale ». Calendrier chargé, mandats scolaires, pression du pédiatre, hépatite B à la naissance, rappels incessants, exclusion possible : tout cela crée un sentiment d’intrusion permanente. L’État (ou les institutions qui en tiennent lieu) ne propose plus, il encadre, normalise, soupçonne. Refuser ou questionner devient suspect, presque antisocial.

Cette logique n’est pas nouvelle. Arendt nous rappelle que les régimes totalitaires préparent le terrain par une idéologie qui prétend tout expliquer et tout protéger. Dans la version post-moderne, l’idéologie est sanitaire et « scientifique » : santé parfaite par vaccination systématique, défiance envers le « terrain » individuel (nutrition, mode de vie, immunité naturelle), réduction de la médecine à des protocoles uniformes validés par l’expertise.

L’exemple français : obligation étendue et uniformisation

En France, cet enfermement post-moderne se lit clairement dans l’évolution du calendrier vaccinal. Depuis 2018, 11 vaccinations sont obligatoires pour les enfants nés après le 1er janvier 2018 (contre 3 auparavant). En 2025-2026, cette liste s’est encore allongée avec l’obligation des vaccins contre les méningocoques ACWY et B pour les nourrissons. L’admission en crèche ou à l’école reste conditionnée à la conformité, avec contrôle via le carnet de santé. La France, autrefois plus réticente, est devenue l’un des pays européens les plus stricts en matière d’obligations vaccinales infantiles.

Cela touche directement le quotidien des familles : stress aux visites pédiatriques, justifications répétées, sentiment que l’État décide pour le corps de l’enfant.

Le poids de l’OMS : recommandation globale ou modèle imposé ?

Derrière ces calendriers nationaux pèse l’influence de l’OMS. Ses tableaux de recommandations pour la vaccination systématique servent de référence aux autorités sanitaires nationales (Haute Autorité de Santé en France, CDC aux États-Unis). Bien que non contraignantes juridiquement, elles fixent un horizon « optimal » de couvertures élevées et de calendriers étendus, souvent repris et durcis localement. L’OMS promeut une approche collective et standardisée qui légitime l’intrusion permanente au nom de la protection globale.

L’ouverture MAHA : Robert F. Kennedy Jr. et le retour de la confiance

Face à cette tendance, l’administration Trump, portée notamment par Robert F. Kennedy Jr., a initié un déplacement philosophique et politique majeur avec l’approche Make America Healthy Again (MAHA). RFK Jr., nommé à un rôle central sur la santé, critique ouvertement l’idolâtrie vaccinale, le « trop vacciner » systématique et l’influence excessive de l’industrie pharmaceutique. Concrètement : réduction du calendrier fédéral recommandé (noyau limité de maladies graves, autres en décision clinique partagée parent-médecin), insistance sur le consentement éclairé, transparence accrue et recentrage sur les causes racines (alimentation ultra-transformée, perturbateurs endocriniens, environnement, mode de vie).Ce n’est pas une croisade anti-vaccin, mais une volonté de sortir de la logique protocolaire qui oublie les soins, le terrain immunitaire et la responsabilité parentale. Dans les États alignés, cela se traduit par un desserrement concret : moins de mandats, plus de flexibilité, un retour possible de la souveraineté des familles.

Confiance aux personnes contre la défiance systémique

Faire confiance aux personnes n’est pas naïf. C’est politique au sens arendtien : c’est croire que la liberté et la responsabilité naissent dans l’espace entre les hommes, et non dans les bureaux de Genève ou les protocoles nationaux. Les totalitarismes commencent par déposséder les parents au nom de « l’intérêt supérieur de l’enfant ». Les sociétés saines leur rendent l’espace pour juger, se tromper parfois, et aimer concrètement.

Le test à venir n’est pas seulement épidémiologique. Il est existentiel : les enfants grandiront-ils dans un monde où leurs corps sont d’abord matière à protocoles post-modernes, ou dans un monde où la promesse de la natalité – cette imprévisibilité chère à Arendt – garde encore une chance ?

Le quotidien, en Amérique comme en France, se joue là. Dans ces ouvertures fragiles que Trump et Kennedy contribuent à créer contre l’enfermement technico-sanitaire.

Penser cet événement, c’est déjà résister.

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